
La micro-entreprise est un régime simplifié, pas un statut juridique à part. Cette nuance explique la plupart des malentendus : on n’est pas « auto-entrepreneur » comme on serait salarié, on est entrepreneur individuel bénéficiant d’un régime allégé de calcul des cotisations et de l’impôt. Ce régime a des limites, et savoir quand on les atteint fait partie du métier.
Le principe : un calcul sur le chiffre d’affaires
Cotisations sociales et impôt se calculent sur les sommes encaissées, après application d’un abattement forfaitaire censé représenter vos frais. Vous ne déduisez donc rien : ni matériel, ni loyer, ni déplacements, ni sous-traitance.
C’est ce qui rend le régime très favorable aux activités sans frais — conseil, rédaction, développement — et défavorable aux activités qui en supportent beaucoup : achat-revente à faible marge, artisanat avec matériel, prestations nécessitant de la sous-traitance. Un chiffre d’affaires élevé assorti de charges lourdes peut produire un revenu net inférieur à celui d’une structure classique.
Deux plafonds qu’il ne faut pas confondre
Le plafond du régime micro détermine si vous pouvez continuer à bénéficier du calcul simplifié. Le seuil de franchise en base de TVA, bien plus bas, détermine à partir de quand vous devez facturer la TVA à vos clients. On peut donc être redevable de la TVA tout en restant en micro-entreprise : c’est une situation courante et souvent découverte trop tard.
Ce que le régime ne couvre pas bien
La protection sociale est réelle mais minimale. Les indemnités journalières en cas d’arrêt supposent une durée d’affiliation et un chiffre d’affaires minimum, et leur montant reste modeste. Les droits à la retraite sont proportionnels aux cotisations versées : un chiffre d’affaires faible peut ne pas valider quatre trimestres dans l’année.
C’est pourquoi une épargne de précaution plus étoffée que celle d’un salarié, et une prévoyance individuelle, ne sont pas des options mais des éléments du modèle économique. Le sujet est développé dans notre guide sur la protection sociale des indépendants.
Approfondir
- Les charges du micro-entrepreneurCotisations, versement libératoire, CFE : ce que vous payez réellement et quand.Lire le guide
Lorsque ces limites deviennent contraignantes, l’étape suivante est examinée dans notre guide pour passer de la micro-entreprise à la société.
Questions fréquentes
Peut-on déduire ses frais en micro-entreprise ?
Non. Le régime applique un abattement forfaitaire censé représenter l’ensemble de vos charges, quel que soit leur montant réel. Aucune dépense n’est déductible individuellement : ni matériel, ni loyer, ni déplacement, ni sous-traitance. C’est ce qui rend le régime avantageux pour les activités sans frais et pénalisant pour celles qui en supportent beaucoup.
Le seuil de TVA a-t-il été abaissé à 25 000 € ?
Non. La mesure prévue par la loi de finances pour 2025 a été suspendue au printemps 2025 puis abrogée par la loi du 3 novembre 2025, et sa réintroduction a été écartée lors de l’examen du budget pour 2026. Les seuils différenciés antérieurs restent applicables. De nombreux contenus en ligne n’ont pas été actualisés : vérifiez systématiquement sur impots.gouv.fr, le sujet pouvant revenir.
Que se passe-t-il en cas de dépassement des seuils ?
Les conséquences diffèrent selon le seuil franchi. Un dépassement du seuil de franchise de TVA vous rend redevable de la taxe, immédiatement si le seuil majoré est franchi. Un dépassement du plafond du régime micro entraîne le basculement vers un régime réel d’imposition, avec obligation de tenir une comptabilité. Ces deux mécanismes sont indépendants et se déclenchent à des niveaux différents.
Peut-on cumuler micro-entreprise et salariat ?
Oui, le cumul est possible et fréquent, sous réserve de vérifier votre contrat de travail : une clause d’exclusivité ou une obligation de loyauté peut limiter l’exercice d’une activité concurrente. Les agents publics sont soumis à des règles spécifiques de cumul. Sur le plan social, vous cotisez dans les deux régimes, sans que les droits se cumulent toujours intégralement.
Le régime micro convient-il à toutes les activités ?
Non. Il est particulièrement adapté aux prestations intellectuelles sans frais significatifs, où l’abattement forfaitaire dépasse les charges réelles. Il devient rapidement défavorable pour l’achat-revente à faible marge, l’artisanat nécessitant du matériel, ou toute activité recourant à la sous-traitance, puisque ces charges ne sont jamais déductibles.
Faut-il un expert-comptable en micro-entreprise ?
Ce n’est pas obligatoire et rarement nécessaire au démarrage, les obligations comptables se limitant à un livre des recettes et, pour certaines activités, un registre des achats. Un accompagnement devient utile lorsque vous approchez des seuils, envisagez la TVA ou vous interrogez sur un changement de structure : c’est à ces moments que les erreurs coûtent cher.
Sources
- Loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 (abrogation du seuil unique de franchise en base de TVA)
- Loi de finances pour 2025, article 32 (mesure suspendue puis abrogée)
- impots.gouv.fr et entreprendre.service-public.fr — seuils applicables

