Interdit bancaire

Trois fichiers, trois logiques différentes, et une confusion permanente dans le langage courant. Être « interdit bancaire » ne signifie pas être privé de compte, et une inscription au FICP n’empêche ni de payer par carte ni de percevoir son salaire. Distinguer les trois est la première étape pour savoir quelle démarche engager.

Les trois fichiers de la Banque de France

Le FCC : fichier central des chèques

C’est lui que le langage courant appelle « interdiction bancaire ». L’inscription intervient après l’émission d’un chèque sans provision non régularisé, ou après une décision de retrait de carte bancaire pour usage abusif. Sa conséquence est précise et limitée : l’interdiction d’émettre des chèques sur l’ensemble de vos comptes, dans tous les établissements, pour une durée maximale de cinq ans.

Le FICP : incidents de remboursement des crédits

Il recense les défauts de paiement caractérisés sur un crédit aux particuliers, ainsi que les personnes engagées dans une procédure de surendettement. Il ne bloque aucun moyen de paiement : il est consulté par les établissements avant l’octroi d’un nouveau crédit. Concrètement, il ferme l’accès au financement, pas au compte bancaire.

Le FNCI : fichier national des chèques irréguliers

Consultable par les commerçants au moment du paiement, il signale les chèques volés, perdus, ou tirés sur un compte clos ou frappé d’interdiction. Il n’est pas un fichier de personnes mais de coordonnées de chèques ; il explique néanmoins le refus immédiat d’un chèque en caisse.

Sortir d’une interdiction d’émettre des chèques

La durée maximale de cinq ans n’a rien d’automatique : la régularisation met fin à l’inscription à tout moment. Trois voies existent, à choisir selon la situation du bénéficiaire du chèque.

  1. Approvisionner le compte et demander au bénéficiaire de représenter le chèque. C’est la solution la plus simple lorsque le bénéficiaire est joignable et coopératif.
  2. Payer directement le bénéficiaire par un autre moyen et récupérer le chèque, que vous remettez à votre banque comme preuve du règlement.
  3. Bloquer la provision sur votre compte : votre banque conserve la somme à disposition du bénéficiaire pendant un an. Cette voie s’impose lorsque le bénéficiaire est introuvable ou ne se manifeste pas.

Une fois la régularisation opérée, votre banque doit demander la levée de l’inscription au FCC, en principe sous deux jours ouvrés. Conservez une preuve écrite de la régularisation : les retards de mise à jour existent, et c’est à vous qu’il reviendra de les signaler.

Le droit au compte : ce qui reste garanti

Aucun fichage ne vous prive du droit d’avoir un compte bancaire. Si un établissement refuse de vous ouvrir un compte, il doit vous remettre une attestation de refus. Muni de ce document, vous saisissez la Banque de France, qui désigne d’office un établissement tenu de vous ouvrir un compte et de vous fournir gratuitement les services bancaires de base.

Ces services comprennent notamment la tenue du compte, une carte de paiement à autorisation systématique, les virements et prélèvements, et la mise à disposition de relevés mensuels. Le chéquier n’en fait pas partie. Les titulaires de ces services bénéficient par ailleurs du plafonnement renforcé des commissions d’intervention, à 4 € par opération et 20 € par mois.

Quand envisager un dossier de surendettement

Le fichage est un symptôme ; le surendettement en est parfois la cause. Si vos charges et vos échéances de crédit excèdent durablement vos ressources, aucune régularisation ponctuelle ne tiendra. Le dépôt d’un dossier auprès de la commission de surendettement de la Banque de France est gratuit, se fait sans intermédiaire, et suspend les procédures de recouvrement pendant l’instruction.

La contrepartie est une inscription au FICP pour la durée du plan. Elle limite l’accès au crédit, ce qui, dans la plupart des situations concernées, constitue davantage une protection qu’une sanction. Avant d’en arriver là, vérifiez que vous avez épuisé les leviers décrits dans notre guide de sortie du découvert, à commencer par la contestation des frais indus.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une interdiction bancaire ?

La durée maximale est de cinq ans à compter de l’incident, mais elle n’a rien d’automatique. Dès que le chèque est régularisé, par approvisionnement du compte, paiement direct au bénéficiaire ou blocage de la provision, la banque doit demander la levée de l’inscription au fichier central des chèques. La radiation intervient alors en quelques jours ouvrés. Une interdiction qui dure cinq ans est le signe qu’aucune régularisation n’a été engagée.

Un interdit bancaire peut-il conserver sa carte de paiement ?

Oui, dans la plupart des cas. L’inscription au fichier central des chèques porte sur l’émission de chèques, pas sur les autres moyens de paiement. La banque peut néanmoins décider de remplacer une carte classique par une carte à autorisation systématique, qui interroge le solde avant chaque opération. Le compte continue de fonctionner normalement pour les virements, les prélèvements et les paiements par carte.

Peut-on ouvrir un compte en étant fiché ?

Oui. Le droit au compte est garanti par la loi, quel que soit le fichage. En cas de refus d’ouverture, l’établissement doit vous remettre une attestation écrite. Muni de ce document, vous saisissez la Banque de France, qui désigne alors un établissement tenu de vous ouvrir un compte et de vous fournir gratuitement les services bancaires de base, dont une carte de paiement à autorisation systématique.

Quelle différence entre FICP et interdiction bancaire ?

L’interdiction bancaire résulte d’une inscription au fichier central des chèques après un chèque sans provision non régularisé : elle interdit l’émission de chèques. Le FICP recense les incidents de remboursement de crédit et les procédures de surendettement : il n’interdit aucun moyen de paiement mais ferme en pratique l’accès à de nouveaux financements, puisque les prêteurs doivent le consulter avant d’accorder un crédit.

Un découvert non remboursé entraîne-t-il un fichage ?

Pas directement. Un compte durablement débiteur ne déclenche par lui-même aucune inscription. Le fichage survient lorsque l’incident se caractérise autrement : émission d’un chèque sans provision, ou défaut de remboursement d’une autorisation de découvert requalifiée en crédit à la consommation après plus de trois mois de débit continu. En revanche, la banque peut retirer les moyens de paiement avant tout fichage.

Faut-il passer par une société spécialisée pour lever un fichage ?

Non, et c’est une dépense inutile. La consultation des fichiers et les démarches de régularisation sont gratuites et se font directement auprès de la Banque de France ou de votre établissement bancaire. Aucun prestataire ne dispose du pouvoir d’effacer une inscription : seule la régularisation de l’incident, ou l’écoulement du délai légal, y met fin. Les offres promettant un effacement rapide doivent être considérées comme frauduleuses.

Sources

  • Banque de France — Fichiers d’incidents (FCC, FICP, FNCI) et droit d’accès des particuliers
  • Banque de France — Droit au compte et services bancaires de base
  • Banque de France — Le plafonnement des frais bancaires et l’offre clientèle fragile
  • Ministère de l’Économie — Chèque sans provision et régularisation
Voir le plan complet de sortie du découvert